Dying Light – The Beast

Les jeux vidéo, quand l’énergie compte.

Dying Light: The Beast : parfois, je fais demi-tour pour une tête

Je peux contourner cet infecté.

Il n’est pas vraiment sur ma route. Il ne garde rien dont j’ai besoin. Le tuer ne fera avancer aucune quête.

Et pourtant, je fais le détour.

Dans Restored Land, nettoyer une zone ne sert pas seulement à être tranquille pendant les trente prochaines secondes. J’ai déjà retraversé des endroits où j’étais passé auparavant et constaté que le chemin était devenu plus simple. Pas forcément vide. Plus simple.

Le problème commence là.

La fois suivante, je passe devant un infecté qui ne me gêne pas. Je fais quelques mètres. Puis je m’arrête.

Je pourrais continuer ma route.

Mais je sais déjà que, si je repasse ici, je penserai à lui.

Autant s’en occuper maintenant

Au début, le calcul est presque banal.

Un infecté traîne près du chemin. Je peux l’éviter, mais je sais que je vais probablement repasser par ici. Le combat n’est pas nécessaire. Il est juste pratique.

Puis le réflexe s’étend.

Ce n’est plus seulement celui qui bloque vraiment le passage. C’est celui qui se trouve un peu sur le côté. Celui qu’il faudrait contourner de quelques mètres. Celui qui ne m’a même pas encore vu.

Parfois je pars dans la mauvaise direction uniquement pour aller en chercher un.

Ce n’est évidemment pas du temps gagné sur le trajet que je suis en train de faire. Je rallonge même volontairement le chemin. Mais je ne pense plus seulement à cette traversée-là. Je pense déjà à la suivante.

Dans les autres Dying Light, contourner un groupe pouvait très bien être la bonne réponse. Pourquoi user une arme ou vider des consommables sur des infectés qui ne m’empêchent pas d’aller où je veux ?

Ici, je pense encore « autant les tuer maintenant ».

Puis je regarde combien ils sont, l’état de mon arme et ce que le combat risque de me coûter.

À force, je commence à regarder les rues autrement.

Pas seulement où je dois aller. Aussi ce que je n’ai aucune envie de retrouver au prochain passage.

Nettoyer un abri avant d’en avoir besoin

C’est autour des abris que cette logique devient la plus difficile à ignorer.

Un refuge est facile à regarder comme une simple destination quand j’y arrive en journée, sans pression particulière. Je peux entrer, ressortir et continuer.

Mais je sais aussi très bien dans quelles conditions je peux avoir envie d’y revenir.

À l’approche de la nuit, les derniers mètres n’ont plus la même valeur. Pendant la nuit, encore moins. Ce qui ressemblait quelques heures plus tôt à deux ou trois infectés qu’on pouvait tranquillement contourner peut devenir exactement ce que je n’ai pas envie de gérer au moment où mon seul objectif est de rejoindre la sécurité.

Alors je nettoie.

Pas seulement l’entrée immédiate. Les alentours aussi, quand le risque me paraît acceptable.

Je peux passer plusieurs minutes à éliminer des infectés qui, sur le moment, ne m’empêchent absolument pas d’utiliser l’abri. Je le fais pour un retour qui n’existe pas encore.

Et j’ai déjà eu le retour qui donne raison à cette manie, mais pas aussi proprement que je l’imaginais.

Quand je suis revenu, quelques zombies étaient de retour autour de l’abri.

Beaucoup moins qu’avant.

Ça m’a suffi.

Je n’avais pas préparé un chemin vide. J’avais juste moins d’emmerdes devant la porte.

Et maintenant que je l’ai vu une fois, c’est difficile de ne pas y penser devant le prochain refuge.

Tout nettoyer finit par coûter cher

Si cette logique n’avait aucune résistance, Restored Land finirait probablement par devenir une grande séance de ménage.

Je verrais un infecté, je le tuerais, puis je passerais au suivant jusqu’à ce que la carte soit propre.

Dying Light: The Beast ne me laisse pas faire ça aussi tranquillement.

Dans les deux premiers Dying Light, j’ai fini par atteindre un niveau d’assurance où un groupe important d’infectés ne suffisait plus forcément à me faire réfléchir longtemps. Je pouvais gérer des hordes sans avoir l’impression que chaque engagement devait être pesé.

Ici, je ne retrouve pas cette sensation.

Déjà deux infectés en même temps peuvent suffire à empêcher le réflexe idiot qui consiste à foncer au milieu parce que, de toute façon, ça va passer. Certains ennemis sont simplement trop dangereux pour que le bénéfice futur justifie de les provoquer maintenant.

Mais même un combat que je pense pouvoir gagner n’est pas gratuit.

Les armes de mêlée s’usent vite et ne peuvent être réparées qu’un nombre limité de fois. Un affrontement qui tourne moins bien que prévu peut aussi manger des bandages, des couteaux ou un cocktail Molotov. Et derrière le Molotov, il y a l’alcool qu’il faudra retrouver. Je n’en ai jamais assez.

Les ressources ne sont pas infinies. La place dans l’inventaire non plus.

Alors parfois je regarde le groupe, puis mon arme.

Puis mes bandages.

Puis je continue ma route.

Je peux passer plusieurs minutes à éliminer méthodiquement les infectés autour d’un abri, puis laisser tranquille un groupe entier quelques rues plus loin parce que, cette fois, le combat me paraît trop risqué ou simplement trop cher.

J’ai envie de nettoyer. Mon inventaire me rappelle que ce n’est pas gratuit.

Du coup, je ne croise presque plus un infecté sans faire le même petit calcul.

Il ne me gêne pas maintenant. Je vais probablement repasser ici. Je n’ai aucune envie d’en retrouver autant au retour.

Je regarde mon arme. Mes bandages. Ce qu’il y a devant moi.

Parfois je continue ma route.

Et parfois je fais demi-tour pour une tête qui ne m’empêchait même pas de passer.