South of Midnight : la chanson arrive quand le monstre cesse d’en être un
Dans South of Midnight, beaucoup de rencontres commencent par une silhouette.
Quelque chose de trop grand, de trop étrange ou d’assez inquiétant pour être regardé d’abord comme une créature de folklore.
Puis le jeu commence à gratter derrière cette première impression.
Et souvent, la musique arrive exactement là où mon regard commence à changer.
D’abord une créature
C’est probablement ce que j’ai gardé le plus nettement du jeu.
South of Midnight aime présenter ses figures avant de les expliquer. On voit une forme, on entend un nom, on comprend qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Pendant un moment, ça suffit.
Puis viennent les détails.
Une perte. Une faute. Une honte. Une violence. Un lien familial abîmé.
La créature ne disparaît pas pour autant. Elle reste immense, étrange, parfois inquiétante. Mais elle cesse progressivement d’être seulement ce qu’on avait cru voir au départ.
La scène du marais autour d’Altamaha-Ha m’est restée pour cette raison. Ce qui finit par compter n’est plus seulement la présence qui occupait l’espace devant moi. Il y a une mère, un enfant, une perte et des retrouvailles abîmées par ce qui s’est passé avant.
Le regard n’est plus le même.
La chanson arrive au moment de la bascule
C’est là que la musique de South of Midnight me paraît plus intéressante qu’une simple bonne bande-son.
Elle ne vient pas seulement rendre les scènes plus belles ou plus tristes. Elle accompagne le moment où une figure de folklore commence à devenir autre chose dans ma tête.
Benjy fonctionne de la même manière pour moi.
Au départ, il y a cette image énorme, presque impossible à ramener à quelque chose d’ordinaire. Puis arrivent Rhubarb, la honte, la faute, le lien entre deux frères. Et tout à coup, l’image étrange n’est plus suffisante pour résumer ce qu’on a devant soi.
La chanson n’efface pas le monstre.
Elle lui ajoute ce que la première impression ne montrait pas.
C’est peut-être pour ça que certains morceaux me sont restés avec les scènes qu’ils accompagnaient. Je ne les ai pas seulement retenus comme des musiques du jeu. Je les ai associés au moment où j’ai compris que ce que je regardais n’était pas seulement une créature à contourner, combattre ou délivrer.
Le nom ne suffit plus
C’est un petit déplacement, mais South of Midnight le répète assez pour qu’il finisse par devenir une manière de regarder son monde.
Au début d’une rencontre, un nom folklorique suffit presque. Il donne une forme à ce qu’on voit et une place à ce qui nous menace.
À la fin, ce nom paraît souvent trop court.
Il manque ce qu’on vient d’apprendre. Ce que quelqu’un a subi. Ce que quelqu’un a fait. Ce qui a été perdu ou abîmé avant que cette forme existe devant nous.
Et c’est précisément à cet endroit que les chansons ont pris le plus de poids pour moi.
Je ne les ai pas retenues parce qu’elles auraient compensé le reste du jeu. Ce qui m’est resté, c’est la façon dont elles accompagnaient le moment où mon jugement changeait.
Quand je repense aujourd’hui à South of Midnight, ce n’est donc pas seulement sa musique qui revient.
C’est ce qu’elle accompagnait.
Le moment où une créature cessait d’être seulement une créature.